Aux failles gouvernementales ayant entraîné 130 morts et 300 blessés, Cazeneuve répond :plum pudding!

Chaque vendredi, l’émission Parlement Hebdo, sur Public Sénat et LCP, en partenariat avec Le Scan, fait intervenir un invité politique sur l’actualité de la semaine. Aujourd’hui, le président de la commission d’enquête sur les attentats de 2015, en colère après la fin de non-recevoir du ministre de l’Intérieur.

«Je suis très en colère et on ne lâchera pas». Invité de l’émission Parlement Hebdo, sur les chaînes parlementaires Public Sénat et LCP, en partenariat avec Le Scan, le député LR Georges Fenech, président de la commission d’enquête sur les attentats de 2015, n’a pas apprécié les commentaires de Bernard Cazeneuve sur son rapport. Interrogé mercredi à l’Assemblée par le rapporteur PS Sébastien Pietrasanta, Bernard Cazeneuve avait notamment estimé que la proposition de créer une agence nationale du renseignement ne ferait que «transformer le millefeuille que vous regrettez en “plum pudding” (un dessert de Noël traditionnel en Angleterre, ndlr)».
«J’ai été consterné par la réponse du ministre de l’Intérieur. Venir nous dire que notre proposition c’est du “plum-pudding”, c’est une injure. C’est un mépris, c’est une arrogance, c’est une suffisance. En tant que président de la commission d’enquête, je ne laisserai pas faire», réplique Georges Fenech. «On ne peut pas accepter que le ministre qui endosse la plus lourde responsabilité sur l’année 2015 vienne nous dire: “Tout ce que vous avez fait ne m’intéresse pas”. (…) À travers notre commission, d’enquête c’est tout le rôle du contrôle du Parlement sur l’exécutif qui est en cause».

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a métaphore culinaire n’a pas été du goût de l’association «13 novembre: fraternité et vérité». «Franchement, parler de pudding, c’est à vomir. Nous sommes très remontés, c’est atterrant, abject, relève ainsi Emmanuel Domenach, vice-président de l’association. Cazeneuve continue à nier les erreurs et les failles du renseignement alors que les parlementaires écrivent un rapport de 300 pages pour, justement, montrer ces failles. C’est de la mauvaise foi politique».

L’association avait initialement prévu d’attendre le 12 juillet, date à laquelle sera publié le rapport parlementaire. Mais les propos du ministre ont suscité un tollé chez les adhérents, d’autant plus que certains estimaient que la commission n’allait pas assez loin. Les victimes de Charlie sont elles aussi remontées. Me Philippe Stepniewski, l’avocat d’Ingrid Brinsolaro, veuve du policier Franck Brinsolaro, garde du corps de Charb, assassiné dans les locaux de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, a indiqué vouloir «savoir comment il se fait que c’est par l’intermédiaire d’un lecteur d’un journal hollandais que Charb a appris qu’il était placé sur une liste de personnes à abattre par un magazine de propagande proche d’Al-Qaïda».

La mère de Cécile Vannier tombée au Caire le 22 février 2009, Catherine Vannier déplore, elle, «l’indécence» des parlementaires qui ont estimé que les attaques du 13 novembre n’auraient pas pu être évitées. L’un des suspects de l’attentat égyptien, Farouk Ben Abbes avait avoué aux enquêteurs sur place en 2009 qu’il projetait un attentat en France contre la salle de concert du Bataclan. «Les services de renseignements ont laissé le temps (aux terroristes, NDLR) de s’organiser pour nous tuer et tuer nos enfants. Nous ne nous tairons pas. Il s’agit non plus de failles mais de mises en danger volontaires de la part des services et de l’État», ajoute la mère de la jeune fille. Emmanuel Domenach conclut ironiquement: «Pour l’attentat du Caire, expliquer qu’il s’est passé trop de temps entre 2009 et 2015 revient à dire, amis terroristes, laissez passer quelques années et on vous oublie! Allez-y! On nous dit que la cible du Bataclan le 13 novembre était liée au hasard mais je ne le crois pas du tout.» (…)

Vendredi après-midi, Bernard Cazeneuve s’est expliqué dans un communiqué déplorant «des polémiques inutiles». «L’expression d’interrogations sur deux propositions du rapport, qui en compte quarante, ne saurait en aucun cas être considérée comme une forme d’irrespect à l’égard du travail des parlementaires», s’est défendu le ministre. (…)
Sollicité pour une entrevue par l’assocation «13 novembre: fraternité et vérité», le ministre a en outre précisé, ce vendredi après-midi, qu’une rencontre aurait lieu mardi 12 juillet.

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