La Grand-messe de la bobosphère!

L’émission présentée par Yann Barthès ne serait pas aussi « cool » qu’elle le laisse paraître. Tout d’abord, l’enquête montre comment Laurent Bon, le producteur, et Yann Barthès, règnent en maîtres sur la machine avec « hyperventionnisme » à la clé. « Tu dois servir la cause. C’est hyper­vertical comme fonctionnement, presque une secte », confie une salariée de l’émission.

Ainsi, certains s’insurgent contre le « rythme harassant » de travail et l’ambiance délétère qui règne au sein de la rédaction, confiant même partir au travail avec « une boule au ventre » et constater un réel « fonctionnement de cour ». Paradoxal pour une émission qui se veut pourfendeuse de toute autorité. D’ailleurs, les employés de l’émission sont triés sur le volet : ils doivent être jeunes, « sans cheveux blancs », explique même un témoin, afin d’être « malléables » à merci.

Concernant les contenus produits par le « Petit Journal », le constat n’est guère plus reluisant. Le Point cite les dernières manip’ orchestrées par Yann Barthès et son équipe. Tout d’abord, l’interview tronquée de Marine Le Pen sur Radio Canada, où le programme de Canal++ n’avait retenu que les moments qui l’arrangeaient, au détriment de tous les autres.

Plus récemment, le « Petit Journal » a présenté un discours de Jean-Luc Mélenchon lors d’une manifestation du mouvement Nuit Debout, monté « comme s’il était un dictateur sous l’Occupation ». « Pour nous, c’est plus de l’ordre de la caricature que du journalisme, car ils travestissent la réalité », estime Éric Coquerel, coordinateur du Front de Gauche.

Enfin, Le Point revient sur la manière dont avait été traité Philippe Verdier, l’ex-présentateur météo de France 2, licencié pour avoir écrit un livre jugé « climatosceptique » à quelques semaines de la COP21. « L’émission veut montrer les opérations de com’, mais, quand on voit l’envers du décor, eux aussi sont dans ces travers-là. Il faudrait faire un Petit journal du Petit Journal… », fait remarquer le principal intéressé, viré peu de temps après son passage en milieu hostile face à Yann Barthès.

« Qu’a fait Le Petit Journal sur les paradis fiscaux ou les banques, où les enjeux sont autrement plus importants ? On joue les rebelles à peu de frais », glisse à son tour Luc Chatel, président du Conseil national des Républicains. En interne, on confirme non seulement que les employés n’ont absolument pas leur mot à dire, que « la nuance n’est pas permise », mais surtout on dénonce une « scénarisation à l’extrême ». Au diable l’objectivité, il faut s’en tenir à la ligne. Quitte à présenter Molenbeek, vivier du jihadisme en Belgique, sous un jour favorable, comme les téléspectateurs ont pu le constater dernièrement.

Qu’importe. Au « Petit Journal », un constat se confirme de plus en plus : le réel n’a aucune influence sur l’idéologie qui règne au sein de la direction. Il faut donc le modeler, parfois jusqu’au grotesque, souvent avec malhonnêteté.

Récemment, Vincent Bolloré a demandé à Laurent Bon, producteur exécutif, de réduire les coûts de l’émission. Certains murmurent déjà que l’homme d’affaires breton envisage de ne pas renouveler le programme à la rentrée. Pas sûr que le public ait grand chose à perdre…

Lu sur sur L’OJIM

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