Mon Amérique à moi Will James : Smoky

 Par Alain Sanders

Smoky est un classique aux Etats-Unis où il a sans doute suscité bien des vocations (pas toujours réalisées ou réalisables) de cowboys. Ecrit par un étonnant personnage – nous en dirons un mot – il a été publié en 1926. Et toujours réédité depuis. Ceux qui aiment les chevaux – et qui lisent l’anglais – l’ont depuis longtemps dans leur bibliothèque. Ceux qui aiment les chevaux – mais qui ne lisent pas l’anglais – vont pouvoir le découvrir : grâce à la maison d’édition Actes Sud, le voilà traduit (par Lusina Dessagne et Guy de Galard, grand cavalier westerner soit dit en passant) et publié pour la première fois en France.

J’ai dit que je parlerais un peu de l’auteur de Smoky, Will James. Il s’appelait en fait Joseph Ernest Nephtali Dufault, né le 6 juin 1892 au Québec. Loin de ces grands espaces de l’Ouest américain qui le font rêver : il veut être cowboy.

En 1907 – il a alors 15 ans – il quitte sa famille (pour toujours) et part à pied. Dans les Rocheuses canadiennes d’abord. Trois plus tard, il est dans l’Idaho. Pour se faire engager dans un ranch, il s’invente une identité (elle ne sera jamais dévoilée) : il se présente sous le nom de William Roderick James et explique que, orphelin américain, il a été recueilli et élevé par un trappeur québécois, Jean Baupré. Ce qui explique son accent français…

Son rêve est réalisé. Il est cowboy et même, si l’on en croit les témoignages du temps, un des meilleurs qui se puissent trouver. Ce qui ne l’empêche pas, en 1915, alors qu’il travaille dans un ranch du Nevada, d’être condamné à un an de prison pour une sombre affaire de vols de bétail…

Libéré, il change d’air. Direction la Californie. Dans le ranch où il a trouvé du travail, une méchante ruade lui embarque une partie de ses dents. Pour payer le dentiste, il se fait engager comme cascadeur à Hollywood, rayon « western » bien sûr. S’étant refait la cerise – et la mâchoire – il part pour le Montana. Notamment pour y rencontrer le grand peintre westerner Charles Russell.

En 1919, il monte un spectacle de broncos (chevaux sauvages). Une mauvaise chute le met hors circuit. Il se consacre alors à sa carrière artistique (Smoky est illustré par ses dessins). Ce qui lui vaut une vraie reconnaissance des connaisseurs (à commencer par Charles Russell). Il écrit des articles et bientôt des livres (vingt-trois au total). Le premier, paru en 1924, s’intitule Cowboys North and South. Suivra Smoky the Cow Horse qui fera un triomphe. Avec ses droits d’auteur, il s’achète un ranch au Montana, le Rocking R. Il s’éteindra le 3 septembre 1942, à l’âge de 50 ans.

L’histoire de Smoky (1), c’est celle d’un mustang, un cheval sauvage, capturé à l’âge de 4 ans par uncowboy, Clint. Avec patience et respect, Clint débourre Smoky. Une véritable amitié s’installe entre le cheval et le cowboy. Smoky est devenu un exceptionnel cheval pour travailler le bétail. Et puis, un jour, des rascals le volent et l’emmènent loin vers le sud, à la frontière du Mexique… Mais je vous laisse découvrir le reste.

Préfacier de l’édition française, Buck Brannaman, grand horseman qui a fait évoluer les méthodes – parfois très rudes – de débourrage des chevaux, écrit : « Cette histoire parle également d’une manière de communiquer avec le cheval qui soit plus en harmonie avec la nature. En cela, Will James était très en avance sur son temps. Aujourd’hui, personne ne songerait à se moquer de lui. Cette histoire est en quelque sorte prémonitoire de ce qui allait se produire plus tard dans la relation homme-cheval. Ce qui était tellement inédit à cette époque est devenu matière courante aujourd’hui. »

On aime cette histoire d’amour intemporel entre le cavalier et sa monture. Et on aime que Will James écrive : « Jusqu’à maintenant, je ne me suis jamais trompé en jaugeant un homme d’après le cheval qu’il monte. Un bon cheval va, en général, de pair avec une personne de qualité. »

Au sortir de ce livre, vous rêverez d’un camp fire près du chuckwagon où rissole le bacon. En attendant leroundup (rassemblement de bétail) du lendemain et, au soir, un bronc riding (épreuve de monte de broncoslors d’un rodéo) d’anthologie. En n’oubliant jamais que le cheval n’est pas un animal : c’est un ami.

(1) Smoky veut dire « fumée » et, en l’occurrence, gris-souris.

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