Saint Gabriel (Ourguébadzé), le staretz géorgien

Saint Gabriel de Samtavro (1929-1995) est un archimandrite de l’Église orthodoxe de Géorgie qui, à l’époque soviétique, fut un confesseur de la foi et un fol en Christ. Dès l’âge de douze ans, il connaissait bien l’Évangile, et il s’était aménagé dans la cour de sa maison une minuscule cellule. À son retour de l’armée, il construisit une petite chapelle, dont les murs étaient ornés de centaines d’icônes : il les découpait dans des périodiques, il les ramassait dans des décharges et les restaurait.

En 1955, il fut ordonné prêtre et prononça ses vœux monastiques, recevant le nom de Gabriel. Il prêchait dans les rues, faisant revenir les gens à la foi, et il simulait souvent la folie, en marchant les pieds nus, en se faisant passer pour un ivrogne, pour un mendiant. Le 1er mai 1965, il brûla un portrait de Lénine qui mesurait douze mètres et se trouvait sur le bâtiment du Soviet suprême à Tbilissi. Il déclara lors de l’interrogatoire qui s’ensuivit : « Il ne faut pas diviniser un homme. Au lieu du portrait de Lénine, il faut mettre la Crucifixion du Christ. Pourquoi dites-vous « Gloire à Lénine » ? Il faut dire « Gloire au Seigneur Jésus-Christ ! »

On menaça de le fusiller, mais on le considéra comme fou et il fut relâché. Derrière ses excentricités se cachait un amour immense envers les hommes, la force d’une prière ardente et une grande humilité. Par exemple, après avoir déversé une avalanche de paroles dures sur un homme dans le but de le raisonner, puis après l’avoir chassé, il commença immédiatement à prier avec des larmes pour lui et le bénit. Certains se détournaient de lui comme d’une personne dans l’illusion ou un fou, d’autres ressentaient son amour et bénéficiaient de ses instructions inspirées.

Il a été canonisé en 2012 par l’Église orthodoxe de Géorgie et le jour de sa mémoire a été fixé au 2 novembre.

Source

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Saint Gabriel Ourguébadzé (1929-1995) a été canonisé en 2012 par l’Église de Géorgie dans une catégorie de saints qui est très spéciale mais qui a toujours été représentée dans l’Église orthodoxe au moins depuis le IIIe siècle et jusqu’à nos jours : celle des fols-en-Christ (ou fous-pour-le Christ), appelés en grec saloi et en russe jurodivyj.

Ceux-ci sont devenus rares depuis plusieurs siècles en Grèce et dans les pays hellénophones. En revanche, ils ont été nombreux en Russie entre le XVIe et le XIXe siècles; il y en avait encore un certain nombre dans les deux premières décennies du XXe siècle, mais ils ont été durement traités par l’État communiste qui les a éliminés de la vie sociale en les internant dans des hôpitaux psychiatriques.

Saint Gabriel est sans aucun doute l’un des derniers fols-en-Christ connus dans tout le monde orthodoxe. Il est décédé il y a seulement vingt ans, a été canonisé par l’Église de Géorgie moins de vingt ans après sa dormition, et beaucoup de ses enfants spirituels, et de ceux dont il a réorienté la vie, ou qu’il a marqués par ses paroles, ses actes ou ses miracles sont aujourd’hui parmi nous et peuvent témoi­gner de manière vivante de sa vie, de sa personnalité et de ses cha­rismes.

Saint Gabriel est une figure originale de la spiritualité orthodoxe contemporaine non seulement en tant que fol-en-Christ, mais encore parce qu’il fut dans le même temps un confesseur de la foi, un martyr des persécutions communistes, et un authentique starets, doué des charismes de clairvoyance et de prophétie qu’il a mis au service de ce qui, dans la vie spirituelle, outre l’humilité, lui parais­sait essentiel : l’amour du prochain. Un amour qui chez lui se mani­feste souvent par des moyens détournés, qui parfois brusque les gens pour les réveiller de leur torpeur et provoquer en eux un élec­trochoc spirituel, mais qui est toujours authentique et profond, et n’a d’autre but que d’aider chaque personne à se réorienter vers Dieu et à se rapprocher de Lui. Les nombreux miracles accomplis par saint Gabriel avant et après sa mort témoignent abondamment qu’il fut un porteur de l’Esprit et un dispensateur généreux de la grâce divine.

Ce livre expose en détail la vie tourmentée de ce nouveau saint. Il montre en quoi il s’apparente, par les diverses caractéristiques de son comportement, aux fols-en-Christ orthodoxes du passé, avant de présenter sa personnalité exceptionnelle à travers des apophtegmes aussi savoureux qu’édifiants qui rappellent ceux des Pères du désert. Il récapitule enfin son enseignement spirituel dispensé en des formules brèves mais pleines de sagesse et de force salvatrice.

Saint Gabriel n’a pas laissé d’écrit et ses homélies n’ont pas été enregistrées. Mais le témoignage de sa vie tout entière, les apoph­tegmes que nous ont légués les témoins de celle-ci, et les paroles qu’ont recueillies ceux qui l’ont approché, constituent des enseigne­ments forts pour la vie spirituelle, dont tous les lecteurs de ce livre pourront tirer profit.

Jean-Claude Larchet, Saint Gabriel, Fol-en-Christ de Géorgie, L’Âge d’Homme, Lausanne, 2015, 132 p. (collection « Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle »).

 

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