Au revoir Monsieur Gabriel Axel !

 

Gabriel Axel s’est éteint dimanche à son domicile près de Copenhague. Agé de 95 ans, le réalisateur était surtout connu pour « Le Festin de Babette », adaptation d’une nouvelle de l’écrivain  danois Karen Blixen. 

Selon un témoignage, publié en 2010, dans un livre d’entretiens avec des journalistes argentins, ce serait le film préféré du pape François.

 

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Le festin de Babette

Par Alain Sanders

Le film de Gabriel Axel, Le Festin de Babette, est tiré d’un des recueils de nouvelles de Karen Blixen, l’auteur d’Out of Africa (en français « La ferme africaine »), dont le titre générique est justement Le Dîner de Babette.

Nous sommes en Norvège, dans le Jutland, vers 1871. Dans une communauté protestante ultra-puritaine fondée plusieurs années plus tôt par un pasteur qui devait rigoler quand il lui tombait un œil…

Ses deux filles – qui sont restées vieilles filles, bien sûr – sont les figures emblématiques de cette communauté coincée où l’on vit en complète autarcie. Débarque alors, dans ce monde figé, et pour servir de domestique aux deux vieilles filles, une Française, Babette (Stéphane Audran). Elle a participé aux combats de la Commune et, de ce fait, a dû s’exiler.

Babette gagne un jour dix mille francs à la loterie. Et elle demande à ses patronnes, qui se nourrissent habituellement d’un demi-radis trempé dans un jus de navet, de l’autoriser à préparer un grand dîner à la française pour marquer le centième anniversaire du pasteur défunt. Un dîner ? A la française ? C’est déjà presque péché que de prononcer ces deux mots… Mais Babette convainc les deux vieilles filles pas mécontentes, somme toute, de rappeler à la communauté ce qu’elle doit à leur père…

Toute la fortune de Babette va y passer. Mais les convives de cette mémorable soirée, convives qui, pour la première fois de leur vie et sans doute la dernière, vont boire du champagne, en garderont un souvenir précieux : « Bien des années plus tard, on racontait que plus d’un brave citoyen de Berlewaag ne s’aperçut pas de la venue du jour et dormit jusque bien avant dans l’après-midi. »

Un festin français

On apprendra que Babette, l’obscure Babette, est l’ancienne cuisinière du Café Anglais de Paris où elle avait fait les délices culinaires du duc de Morny, du général Galliffet, de Paul Darn, de la princesse Pauline, du duc Decazes, d’Aurélien Scholl.

D’où l’incompréhension des deux sœurs :

— Mais voyons, tous ceux que vous mentionnez, Babette, ces princes, ces grands seigneurs de Paris, vous les avez combattus vous-même. Vous avez lutté avec les communards. Le général dont vous prononcez le nom a fait fusiller votre mari et votre fils. Comment pouvez-vous pleurer ces gens ?

Réponse de Babette :

— Voyez-vous, mes petites dames, ces gens-là m’appartenaient, ils étaient miens. Ils ont été élevés, ils ont été formés pour comprendre quelle grande artiste je suis au prix de dépenses plus grandes que vous ne pourrez jamais l’imaginer ou le croire. J’étais en mesure de les rendre heureux.

Eh oui, pas folle l’agape…

Une histoire sublime. Parfaitement mise en musique par Gabriel Axel. Avec une Stéphane Audran tout à fait remarquable et un casting de villageois norvégiens pas piqués des harengs… Non seulement c’est… Babette, mais c’est en plus très intelligent…

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