Big Data, penser l’homme et le monde autrement de Gilles Babinet

Une révolution industrielle et sociétale est en cours, elle se nomme “data”. Un livre pour comprendre ses enjeux et son impact, actuel et futur, sur nos existences. Issues de nos réseaux sociaux, de notre téléphone mobile, de notre passage en caisse, de l’utilisation d’une carte de transport, les données sont partout. Gilles Babinet montre que les techniques de Big Data peuvent être utilisées pour développer des outils marketing perfectionnés, améliorer la prise en charge médicale, permettre aux villes de mieux gérer leurs ressources ou encore allier productivité agricole et développement durable. Les données pourraient bien être l’une des énergies motrices de la nouvelle révolution globale en cours.

Pourtant, de nombreuses questions se posent. Sommes-nous sur le point d’entrer dans une société semblable à celle que décrit George Orwell dans 1984 ? Quels facteurs permettraient à une société démocratique et respectueuse des libertés individuelles de bénéficier de cette nouvelle technologie ? Gilles Babinet fait toute la lumière sur ces questions en rappelant que ce ne sont pas les technologies qui façonnent l’humanité, mais bien l’usage que l’on choisit collectivement d’en faire.

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En guise de tribune, un extrait de cet ouvrage passionnant.

“Il est vain de chercher à retenir le progrès : pas un exemple dans l’histoire ne nous permet de croire qu’une technique accessible ait pu être durablement cantonnée. Qu’il s’agisse de la soie chinoise ou du métier à filer anglais, les exemples sont nombreux des techniques que les États ou les inventeurs ont cherché à préserver pour leurs intérêts propres, sans finalement y parvenir.
C’est pourquoi l’avènement des technologies liées aux données ne représente désormais plus une hypothèse que l’on peut infléchir, mais bien une certitude à laquelle nous devons nous préparer. Le choix que nous pouvons encore faire consiste, en revanche, en celui d’un modèle d’émergence de ces techniques qui soit le plus harmonieux pour nos sociétés. Il nous faut donc comprendre, le mieux possible, ce que permettent les données, ce que sont leurs opportunités, leurs dangers ; et cela, le plus vite possible. Car l’avènement de cette révolution est proche. Cela va vite, de plus en plus vite.
Ainsi, l’humanité accroît sa production de données de façon étourdissante : chaque minute, environ 350 000 tweets, 15 millions de SMS, 200 millions de mails sont envoyés dans le monde, tandis que des dizaines d’heures de vidéos sont mises en ligne sur YouTube, et que 250 gigaoctets d’informations sont archivés sur les serveurs de Facebook. Nos téléphones mobiles créent également de l’information, que nous l’utilisions ou non. Il en va de même pour nos téléviseurs, s’ils sont connectés à une box ; nos voitures, qui actionnent des capteurs situés sur la route ; la composteuse, qui valide nos billets de train ; les caisses enregistreuses des supermarchés. Les caméras de surveillance en créent aussi, de même que nos déplacements dans notre propre maison, si nous y avons installé une alarme électronique.
En 2010, on estimait que nous produisions déjà tous les deux jours environ 5 exaoctets (Eo, soit 1018 octets) d’informations… soit autant qu’entre le début de la culture humaine et 2003 ! Selon la société de recherche IDC, 1,8 zettaoctet de données (Zo : 1021 octets) – soit l’équivalent d’une pile de CD Blu-ray qui ferait sept fois le tour de la Terre – ont été créés en 2011. “L’information disponible à la surface de notre planète en 2020 devrait tourner autour des 40 Zo…” Mais “ces estimations sont rendues fausses d’année en année par les nouveaux usages”, précise Jean-Yves Pronier, directeur marketing du gestionnaire de données EMC.
Ce n’est pas seulement la croissance du volume de données qui est remarquable, mais le fait que toute cette production de données se fasse désormais au sein d’un réseau unifié – Internet – utilisant le même protocole “LP” pour véhiculer cette information. On estime ainsi qu’en 2025, il pourrait y avoir 100 milliards d’objets connectés ou autant de machines qui créent de la “data” véhiculée par le réseau.”

*Gilles Babinet a créé de nombreuses sociétés dans divers secteurs. Premier président du Conseil national du numérique, puis “Digital Champion”, il représente la France auprès de la Commission européenne pour les enjeux du numérique. Il est aussi l’auteur de L’Ere numérique, un nouvel âge de l’humanité (Le Passeur Éditeur, 2014).

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