Les Doms, ces “Roms” du Moyen-Orient qui mendient à Paris (Vidéo)

Ils forment la branche orientale des Roms. On les voit mendier porte de Saint-Ouen, aux abords de la Gare Saint-Lazare, ou postés aux feux rouges de la banlieue nord de Paris. Ce sont la plupart du temps des couples avec enfants. Tous ont la même pancarte en carton, avec les mots « famille syrienne » tracés au feutre noir. Les Doms, gitans venus d’orient, sont de plus en plus présents. On en compte près de 200 en région parisienne.

Il s’agit d’un peuple à part entière composé essentiellement de musulmans et ayant sa langue propre, le Domari. Fuyant tour à tour les divers conflits du Moyen-Orient, ils se sont répartis entre l’Iran, la Syrie, la Libye, le Liban, mais aussi la Turquie. Depuis une vingtaine d’années, les plus fortunés ont franchi les portes de l’Europe. Il existe ainsi de petites diasporas en Allemagne et en Belgique.

Sur la route de l’exil, les Doms ne se mêlent pas aux autres migrants. Certains de leurs itinéraires, entre la Syrie et la France, sont étonnants, avec des passages en… Amérique latine. On en voit arriver par les airs, depuis le Liban.

Communauté assez hétérogène

La première trace de leur présence en France remonte à avril 2014, quand 165 Doms de Syrie se sont installés dans un parc à Saint-Ouen, à la lisière de Paris, après être passés par les enclaves espagnoles du Maroc. À l’époque, une opération d’urgence avec une prise en charge accélérée avait été montée. Mais au final, la moitié d’entre eux seulement ont accepté de s’enregistrer pour demander d’asile.

« Les autres se sont évaporés dans la nature », se rappelle Michel Morzière, de l’association d’aide aux Syriens Revivre, qui a participé au dispositif de prise en charge. Depuis, il y a eu d’autres arrivées. « D’une année sur l’autre, on reconnaît certains accompagnateurs, il y a tout de même quelque chose d’organisé »,observe ce responsable.

Il s’agit d’une communauté assez hétérogène. Au pays, ils vivaient de l’élevage de moutons, de la vente de fleurs, de la danse et de la musique. En Europe, certains ont gardé leur activité – c’est le cas notamment des commerçants dans l’import-export dont la situation est plutôt confortable.

D’autres ont dû abandonner leur métier et pratiquent des activités de survie : ramassage d’objets, mendicité… Chaque famille est financièrement indépendante mais la communauté s’organise autour de chawiches (« lieutenants » en turc). La plupart trouvent les moyens de se loger à l’hôtel.

« On ne comprend pas ce qu’ils veulent ni comment ils fonctionnent »

Sur le macadam parisien, Doms et Roms s’ignorent. Ils ne se considèrent pas comme proches culturellement, malgré leurs similitudes. Au contraire, ils se disputent le marché de la manche. « Quand les Roumains ont senti le filon des réfugiés venir, ils se sont fait passer pour des Syriens. Alors les Doms ont réagi en ajoutant quelques mots en arabe sur leur pancarte, pour écarter toute imposture », explique le sociologue Olivier Peyroux, spécialiste des diagnostics sociaux auprès des populations marginalisées.

Les autorités ont bien du mal à nouer le contact avec eux. « On ne comprend pas ce qu’ils veulent ni comment ils fonctionnent », remarque Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFii). Ce haut-fonctionnaire connaît bien le dossier : en 2014, il a coordonné l’intervention auprès des Doms en tant que préfet délégué à l’égalité des chances en Seine-Saint-Denis. « Nous n’arrivons pas à les stabiliser dans le logement. Beaucoup font des allers et retours entre la France, la Belgique et l’Allemagne », précise Didier Leschi.

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