Il n’a (vraiment) pas changé!

« J’ai changé », dit-il. Combien de fois son prédécesseur n’a-t-il pas proféré la même affirmation sans vraiment nous convaincre ? Mais là, pas de doute, on nous l’a changé. Le veston ne gode pas, la cravate tombe droit, le cheveu est noir et relativement abondant.

Un grand bravo au tailleur, un grand bravo aux conseillers ou aux conseillères en communication et en habillement, un grand bravo au coiffeur et au capilliculteur…
De fait, du haut de la petite estrade sur laquelle est installé son pupitre, du haut de ses 29 % de popularité (il n’y aurait plus que 66 % des Français pour contester sa personne et son action), c’est un François Hollande tout requinqué par les attentats de janvier qui nous contemple.
Les belles phrases défilent, en tenue d’apparat. Face aux menaces et au terrorisme, la France a fait face, la France a fait masse, la France a fait bloc. La République sera intraitable, la République sera implacable, la République sera irréprochable…
Esprit du 11 janvier, es-tu là ? Comme Louis XI ne cessait de toucher les amulettes qu’il avait fixées à son chapeau, François Hollande ne cesse de se référer à ce jour de deuil et de gloire où quarante chefs d’État ou de gouvernement et des millions de Français sont venus l’entourer en hommage à une bande de dessinateurs anarchistes qui auraient été les premiers à rigoler de ce télescopage loufoque entre leurs petits Mickey et la grande histoire et de l’hommage rendu par tant d’officiels à si peu de clowns. L’esprit de janvier, c’est le gri-gri, c’est le chapelet, c’est le mantra de François Hollande. C’est ce qui lui permet, pour la première fois depuis mai 2012, à mi-parcours de son quinquennat, de revêtir le costume, d’emprunter l’allure, d’imiter la stature et de tenir le langage d’un président.

Personne d’autre que lui, qu’on se le dise, ne prend les grandes décisions, ne les assume et ne les met en œuvre sans se soucier du qu’en-dira-t-on et du qu’en-votera-t-on. Soit. On en serait encore plus persuadé s’il n’avait même pas besoin de le rappeler.
Pour le fond, qu’en est-il ? En bon observateur de l’actualité et en fin connaisseur de son pays qui est aussi le nôtre, le Président a cru remarquer que la France, en dépit des efforts méritoires déployés par ses gouvernements successifs, toutes majorités confondues, depuis trente ans, connaît quelques problèmes en matière d’ordre public, de sécurité, d’éducation, de logement, de cohésion sociale, de vivre ensemble, particulièrement dans les « territoires » (c’est le mot à la mode du moment), et qu’il ne serait pas malvenu de les résoudre. Aussi compte-t-il maintenir le plan Vigipirate dans toute son ampleur, si du moins nous sommes en mesure de maintenir l’effort. Le Président pense que, compte tenu du monde dangereux où nous vivons, il y a lieu de réduire le plan de réduction des effectifs de l’armée, dans la mesure du possible. Le Président pense, sans doute en vertu de la laïcité qu’il invoque constamment, que c’est à l’État qu’il revient d’assurer le recrutement et la formation des imams et la protection des mosquées menacées, comme chacun sait, par le déferlement meurtrier de l’islamophobie. Le Président pense qu’à l’école, on devrait apprendre la langue française et que les enseignants devraient être formés à la pratique de leur métier. Le Président prône une politique de « peuplement » qui contraindrait les habitants des villages, des quartiers et des villes les plus prospères, les plus paisibles et les plus homogènes à la mixité sociale, c’est-à-dire à accueillir à bras ouverts les catégories sociales ou ethniques (un mot dont il a horreur) qu’ils ont fuies et dont ils redoutent le contact.
Le Président égrène au passage divers projets de commissions et de comités qui viendraient s’ajouter à ceux qui existent déjà ou les coiffer, telle cette mirifique Agence du développement dont il ne reste plus qu’à dessiner les contours, à organiser le contenu et à financer l’action.
Le Président est partisan d’un service civique universel, mais pas obligatoire. Le Président est favorable au vote des étrangers, mais le remet à plus tard, compte tenu de l’hostilité de l’opposition. Le Président a envisagé d’instiller un peu de proportionnelle dans le mode de scrutin, mais y renonce parce qu’il ne désespère pas que le fait majoritaire profite une fois de plus à son parti d’origine, celui qu’il ne connaît plus mais dont il se rappelle avoir été le premier secrétaire. Le Président soutient le principe du référendum d’initiative populaire, mais en souligne la difficulté. Le Président, qui a reçu avec plaisir Aléxis Tsípras, souhaite que l’Europe respecte le vote des Grecs, mais que les Grecs respectent les règles européennes. Comprenne qui pourra. Le Président a-t-il vraiment changé ?
En tout cas, il reste fidèle aux errements de sa politique étrangère, pour le meilleur mais aussi pour le pire. S’agissant de la Syrie, il ne fait toujours pas la différence entre Daech et Bachar. Au moment de s’envoler pour Kiev où il retrouvera Angela Merkel et John Kerry avant de gagner Moscou en leur compagnie, il fait comprendre que dans la négociation de la dernière chance qui va s’engager, il ne tiendra pas la balance égale entre le président Porochenko qui a droit à notre soutien et le président Poutine dont il exigera qu’il respecte l’intégrité territoriale de l’Ukraine.
Au terme d’une conférence de presse où il n’a pas été question un instant d’économie ni d’immigration – pure distraction -, François Hollande rappelle qu’il n’est même pas question qu’il se représente en 2017 s’il a échoué dans sa lutte contre le chômage. Il y a des choses qui vont aussi bien sans les dire.

LU SUR BOULEVARD VOLTAIRE

Related Articles